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Hommage à Monsieur le Bâtonnier André DELVAUX

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Un futur bâtonnier impressionne. Je le pensais. Pourtant, lorsque je le rencontre pour la première fois chez lui pour discuter de ma présidence du Jeune Barreau en 1999 ou 1998, je rencontre un homme qui va me demander immédiatement de le tutoyer et avec qui je vais avoir des discussions d’égal à égal. Le courant est très vite passé. André avait été président, il connaissait le fonctionnement du Jeune Barreau. Je lui ai exposé mes projets et il m’a indiqué comment les concrétiser.


À cette période déterminante de mon parcours professionnel, il a été bien davantage qu’un interlocuteur institutionnel : il a été un soutien constant, attentif et exigeant, dont l’influence a profondément marqué mon engagement et celui de nombreux jeunes avocats de l’époque.


Ce qui m’a le plus frappé était sa très grande disponibilité. Jamais, je n’ai eu le sentiment de le déranger. Malgré les responsabilités liées à sa fonction, il trouvait toujours le temps d’écouter, d’échanger, de répondre. Cette disponibilité n’avait rien de formel : elle traduisait une attention réelle portée aux personnes et aux projets. André écoutait avec patience, sans préjugé, laissant à chacun l’espace nécessaire pour exposer ses idées, ses interrogations ou ses ambitions.


Cette écoute allait de pair avec une confiance accordée sans réserve, mais jamais sans exigence. Il encourageait les initiatives, poussait à aller plus loin, à structurer davantage, à améliorer ce qui pouvait l’être. Il savait stimuler sans diriger, accompagner sans s’imposer. Et surtout, il avait cette qualité devenue rare : celle de remercier. Il remerciait sincèrement celles et ceux qui s’étaient investis, donnant ainsi une véritable valeur à l’engagement collectif et renforçant le sentiment d’appartenance au barreau.


Un exemple demeure particulièrement révélateur de cette manière d’agir. En 2000, deux réceptions distinctes marquaient traditionnellement la fin de l’année judiciaire et l’entrée en fonction des nouveaux élus : celle du bâtonnier et celle du président du Jeune Barreau. Ensemble, nous avons décidé de joindre nos budgets et nos énergies pour n’organiser qu’un seul événement commun, le vendredi. Nous avons réuni au Château de Colonster près de mille personnes. Cette initiative, fondée sur le dialogue, le pragmatisme et la confiance mutuelle, s’est inscrite durablement dans les usages du barreau. Elle reflète parfaitement la vision d’André : rassembler, simplifier et inscrire l’action dans la durée.

Monsieur le Bâtonnier André DELVAUX m’a également soutenu avec constance dans l’organisation de la Revue des revues, projet ambitieux visant à mettre en lumière les meilleures contributions des barreaux wallons, bruxellois et flamands. Il y voyait un outil de dialogue entre les barreaux et d’ouverture, fidèle à sa conception exigeante et collective de la profession d’avocat.


Je me remémore également sa réplique au discours de rentrée de Jari LAMBERT sur… le rire ! André avait 1000 qualités, celle d’être drôle n’était pas la principale. Je pense que ce fut un réel challenge pour lui que de décortiquer l’art du rire, il était plus Henri Bergson que Coluche. 
L’un de ses engagements les plus constants concernait la déontologie, qu’il concevait comme un socle vivant, au service du client. Il était particulièrement attentif au respect des droits de la défense dans l’espace public et à la manière dont la justice est présentée par les médias. Le prix qu’il a porté avec conviction pendant de nombreuses années, remis chaque mois de novembre lors de la rentrée du Jeune Barreau à des journalistes attentifs à la présomption d’innocence, en est une illustration forte.


Jusqu’à une période très récente, André continuait à alerter sur les imprécisions de vocabulaire, les confusions entre faits et qualifications juridiques, et sur les atteintes, parfois involontaires, à la présomption d’innocence. Sa réflexion, toujours rigoureuse et nuancée, témoignait d’un profond respect pour le rôle de la presse, mais aussi d’une vigilance constante quant à la protection des principes fondamentaux. Il plaidait pour le dialogue, la pédagogie et, si nécessaire, la formation, convaincu que la rigueur et la précision du langage étaient des conditions essentielles d’une justice comprise et respectée.



Par sa disponibilité, son écoute et sa rigueur intellectuelle et morale, Monsieur le Bâtonnier André DELVAUX a laissé une empreinte durable au Barreau de Liège. Il incarnait une certaine idée de la profession : exigeante sans être rigide, engagée sans être dogmatique, profondément humaine. Le Barreau perd une figure marquante. Pour beaucoup d’entre nous, André restera un modèle.


Jamais je ne le dirai assez, Merci André.

Me Jean-Paul TASSET

Jean-Paul Tasset


 

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