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Cher André-Paul

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Cher André-Paul,


Nous nous sommes souvent demandé ce que, dans la vie, tu aimais le plus.


Était-ce les beaux-arts ? La peinture, la sculpture, pour lesquelles tu avais transformé ta maison en galerie, ouverte grosso modo une fois par semaine, où tu exposais les œuvres de tes amis artistes (car ils étaient tous devenus tes amis), de la cave au grenier, en ce compris ta chambre à coucher. Art’home t’avait valu les honneurs de la presse nationale. Et c’était mérité. Nous nous souvenons de Solvès, avec lequel tu étais venu dîner à la maison, de Perez, de Louis Deconinck, de Richart Maire, de Mady Andrien, de Philippe Ongena, de Lambert Rocour, d’Yves Donnay, de Bernard Tirtiaux, de Sylvie Lobato,… et de tant d’autres. Jusqu’à l’arbre situé devant la porte de ton cabinet, dont tu avais in extremis arrêté l’abattage pour le transformer en symbole phallique. Pas mal pour un avocat qui pratiquait le droit de la famille…


Était-ce la musique ? Le jazz d’abord, mais pas que. JazzAmor. Jazz au château. Jazz à Oupeye, à Welkenraedt, à Fallais.... Jazz chez Art’home. Un festival de brousse au Sénégal. Tu n’en jouais pas toi-même mais qu’est-ce que tu la faisais vivre, vibrer en nous. Toujours prêt à emmener tes copains au concert, en festival. La musique dans la peau… C’était beau.


Était-ce la moto ? Cela nous ne pouvons guère en parler. Nous ne la pratiquons pas. Nous ne t’avons donc jamais accompagné dans tes périples et excursions. Mais quand tu en parlais, nous devinions que c’était un de tes grands plaisirs.
Était-ce le droit ? Ou plutôt tes clients, pour lesquels tu savais te dévouer comme pas deux. Nous ne nous sommes jamais affrontés je pense mais nous en avons échangés quand les dossiers qu’ils nous apportaient relevaient plus de la spécialité de l’autre. Une forme de respect et d’investissement. Ne pas se prendre pour ce que l’on est pas… Et bien faire ce que l’on sait faire.


Était-ce le vin ? Tu savais t’en passer, racontant que, chaque année, tu prolongeais ton dry january en le poussant toujours un peu plus loin. Jusqu’au printemps, largement même si nous nous souvenons bien. Mais vive l’été et la fin d’année ! Et tu ne buvais pas que de la piquette, loin s’en faut. Nous avons toujours dans notre cave deux bouteilles que tu nous avais offertes en nous conseillant de les attendre un peu. Nous ne pourrons pas les boire à ta santé. Mais crois bien que les jours où nous les déboucherons, tu seras présent autour de la table.


Était-ce les femmes ? Tes femmes, les femmes… Nous ne les avons pas connues toutes. Mais nous le regrettons. Quand tu en parlais, tout s’illuminait. Il y avait de la poésie dans ta voix, des étincelles dans tes yeux, du soleil sur ton visage. Elles ne sont pas toutes restées. Mais qu’importe au fond. Elles ont été heureuses et toi aussi.


Était-ce l’Afrique ? On dit que l’Afrique est bonne hôtesse. Elle ne l’a pas toujours été pour toi. Nous nous souvenons de ton retour de Casamance, quand tu t’étais fait dépouiller de ton merveilleux projet de maison d’artistes, que tu avais patiemment mis en place pendant des années. Quelle désillusion ! Mais avant cela, que de beaux moments, quel enthousiasme, quelles expériences.


Car, plus que tout, tu savais rebondir. Comme un ballon de basket. Mieux, comme une balle magique. « Magique », c’est un mot qui te convient bien. Tu ne changeais pas le plomb en or, ni l’eau en vin (quoique, parfois, nous nous demandons si… ). Mais, en tout cas, tu savais faire de vilaines larmes un merveilleux sourire. À croire que c’est toi qui a inventé le mot « résilience ». Relève la tête mi pti fi, bombe le torse, avance. C’é ancora domani.
Voilà, finalement, ce que tu aimais le plus, c’était la vie. Travailler, jouer, s’amuser, faire la fête, manger en buvant du bon vin, aimer, surtout aimer. Ici ou là-bas. Avec les uns et avec les autres. Nous pourrions même dire tous les autres, à condition bien sûr d’éliminer les énocints moussîs à sots, les éwarés, les wasses, les barakis, les mâssis, les aredjis, les grosses bièsses, les crapuleux, les cougnets, les mâles gueûyes, les lêds djônes et tot lès ôtes bribeûx. Et ajoutons Poutine et Trump pour être bien sûrs qu’ils soient dans la liste.


Tu l’as compris, André-Paul, tu nous manques déjà. Mais on te jure un truc. Nous allons passer le reste de notre vie à ne pas oublier ta leçon.
Même sans toi nous continuerons à vivre, à nous amuser et à prendre du bonheur.


Salut l’ami.

Nous te dédions ce titre de Jean-Luc Ponty. Il est enlevé, un peu solennel, entrainant. Mais il convient bien pour ce genre de cérémonie, tu ne trouves pas ?
Il s’appelle Demagomania . Tiens ce titre ne t’en rappelle pas un autre ?
 

Véronique d'Huart et Patrick Henry

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