Lawyers in Arms (carte blanche)

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Copyright ©Denis Verkeyn

« Where's the love song to set us free?
Too many people down
Everything turning the wrong way 'round
And I don't know what love would be
But if we stop dreaming now
Lord knows we'd never clear the clouds
 »
(Blur, ‘Out of Time’)

Parfois, tard le soir, avant d’aller me coucher, je zappe les nouvelles du monde : BFM, LCI, France 24, Euronews… Les mêmes images occupent l’écran tandis qu’en bas défilent en bannière de petites dépêches fraîches du jour. D’où qu’elles viennent, les nouvelles ne sont guère réjouissantes. La presse est anxiogène. A en croire son discours, le monde court à sa perte irrémédiable. Voici qu’on annonce la mort de soldats russes dans le Donbass et, à vrai dire, ce communiqué me met un peu de baume au cœur. Plus leur nombre est élevé, plus je me réjouis intérieurement. Enfin une bonne nouvelle ! J’éprouve la même sensation de félicité tranquille quand j’apprends qu’un colon israélien a été poignardé sur le sol de la Palestine occupée et colonisée. 

La langue française est dépourvue d’un terme qui définirait le vol récurrent – ou la dépossession forcée – de territoire par un Etat au préjudice d’un autre ou d’un peuple. Une sorte de kleptomanie de la terre d’autrui. La Russie n’est pas en reste. Avant de donner des leçons au reste du monde, nos propres Etats occidentaux feraient bien de faire leur examen de conscience. L’exemple le plus criant est sans doute celui du Royaume-Uni qui occupe toujours aujourd’hui illégitimement une partie de l’Irlande, se fondant sur la politique du fait accompli. 

J’ai cessé depuis longtemps de penser que le droit pouvait résoudre à lui seul tous les maux de la vie en société et dissiper les affres qu’ils laissent. Tout au plus peut-il tenter de les apaiser. A fortiori en est-il du droit international qui n’en est encore qu’à ses prolégomènes. Bien souvent il incarne l’émanation des vainqueurs sur le champ de bataille. Il peine à restituer aux nations faibles ce que les nations plus fortes leur ont dérobé. A l’égard des peuples sans Etat (les Kurdes, les Palestiniens, les Sahraouis…), il se montre encore plus inopérant.

Est-ce une raison, pour le vouer aux gémonies ou le brider ? Non, bien au contraire, il faut le travailler, le remettre sur le métier, le consolider. Mais davantage encore, il faut croire en un droit supranational, seule solution pérenne pour tenter de prévenir ou d’entraver les conflits interétatiques qui se profilent à l’horizon. Les prétextes à la survenance de ceux-ci seront croissants à l’avenir, ils iront de pair avec la raréfaction des ressources naturelles, les catastrophes climatiques, les déplacements de population. 

L’édification d’un droit européen qui prenne en compte la personne tout autant que le flux des services et des marchandises ne doit pas rester un vœu pieux, il doit être une nécessité, un crédo que nous devons porter haut et fort. Il est notoire que des pays comme la Russie et la Chine sponsorisent et financent des groupuscules autoproclamés de ‘presse indépendante’ ou ‘d’information’ et des trolls qui pullulent sur les médias sociaux, que l’on retrouve aux extrêmes de l’échiquier politique, tant à gauche qu’à droite, et qui n’ont de cesse d’ébranler la croyance de ceux qui les suivent en une Europe forte et unie. Ce sont des semeurs de doute, des créateurs de récits manichéens toujours prompts à saper l’idéal européen. Il est d’ailleurs consternant de constater que ceux et celles qui prônaient des discours simplistes anti-vaccin au temps du Covid se retrouvent en première ligne pour clamer que l’Ukraine serait gouvernée par des fascistes de sorte que la Russie serait fondée à y remettre de l’ordre... C’est là un point de convergence singulier entre des partis comme le PTB et les droites radicales.

Le droit international ne sera pas seulement porté par des juristes techniciens, il le sera aussi par des femmes et des hommes de foi, mus par un idéal qui dépasse nos préoccupations immédiates. A l’instar des Jules Destrée, Paul Janson, Paul-Henri Spaak et autres qui associèrent leur nom aux destinées de la nation à une époque où la parole dans les cénacles était souvent le fait d’avocats , on se plaît à rêver de Confrères, de Consœurs qui iraient bâtir un droit universaliste, humaniste, porteur de paix. Un droit qui ferait en sorte que plus jamais on en vienne à souhaiter la mort d’envahisseurs belliqueux en regardant tard le soir les nouvelles du monde à la télévision.

Eric Therer 
 

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