Fils de p…te (Éditorial)

Editorial

Avez-vous remarqué ce besoin d’insulter les autres en s’en prenant à une figure féminine ?

Avez-vous observé que cette insulte n’a pas d’équivalent « masculin » ?

Avez-vous aperçu à quel point la période de confinement a porté un nouveau coup à certaines avancées que d’aucun.e.s pensaient acquises ?

Il y a eu, bien sûr, les exemples extrêmes : la violence intrafamiliale exacerbée, l’impossibilité d’obtenir un avortement dans les délais... Mais il y a aussi les exemples quotidiens.

Nous n’avons pas entendu grand monde s’inquiéter pour les jeunes pères, qui doivent pourtant cumuler télétravail et garde d’enfants. Ou peut-être ne le doivent-ils pas ? Ou pas autant ?

En cette fin d’année toute particulière, l’Open Barreau a donc voulu consigner quelques phrases piquantes, adressées à des consœurs dans le cadre professionnel. Une manière comme une autre de ne pas accepter. Une manière comme une autre de se rappeler que rien n’est jamais acquis.

Tous les propos qui suivent sont véridiques, seuls quelques commentaires y ont été ajoutés.

 

Devant un magistrat : Vous êtes sûre que c'est la position de votre patron ?

(Moi qui avais toujours pris mandat auprès de mon client... mince !)

 

Madame. Oh pardon, Mademoiselle.

(« Maître », soyons simples.)

                                        

Tu es jolie ça aide. 

(Bien sûr, mon grade, mes publications et mes capacités intellectuelles, par contre…)

 

En parlant d’un mandat : tu as vraiment du temps à perdre pour ça, tu n’as pas un bébé dont tu dois t’occuper ?

(Ta maman et ton papa ont en effet dû te laisser un peu trop seul, il y a quelques ratés dans ton éducation !)

 

Devant un magistrat, en parlant de sa stagiaire : "Beauty before age"

(Des cavernes?)

 

Chère Maître, comme dit en réunion, nous pouvons envisager de nous rencontrer dans un cadre plus agréable pour finaliser les discussions. En toute discrétion bien entendu, personne n'en saura rien.

(Heu.. mon collaborateur peut me substituer à la barre... ?)

 

Il faut voter pour elle, c'est une femme.

(Il.elle a le féminisme mal placé.)

 

Avec tout ce que tu assumes, tes enfants doivent être déséquilibrés de ne pas voir assez leur mère. 

(Ils répondront qu'ils maintiennent l'équilibre en ne te fréquentant pas.)

 

Prenant un air désapprobateur : « Ah oui, un jeans… »

(Bah oui mon grand, tu t’en remettras ! La mini-jupe c'est un peu dépassé.)

 

Elle avait sûrement ses règles !

(Je te demande où en es ton andropause ?!)

 

Si les choses ont bien évolué ces dernières années, ces quelques exemples montrent que le Barreau a encore des progrès à réaliser en matière d’égalité des sexes.

Messieurs, Mesdames, rassurez-vous, la lecture des articles qui suivent sera beaucoup plus agréable ! A l’heure où beaucoup s’interrogent sur la manière d’envisager le monde après le déconfinement, nous tenions néanmoins à attirer l’attention de tous sur cette question particulière.

Prenez soin de vous, prenez soin des hommes comme des femmes, prenez soin des autres.

 

Elisabeth KIEHL

Florence NATALIS

JE me souviendrai longtemps avoir été présentée comme "le nouvel atout charme" du cabinet ... Merci pour mes compétences..!

L’idée de départ était intéressante. Mais quels exemples !
Pute, c’est la forme triviale de prostituée ; sauf erreur, c’est « fils de pute » l’insulte, et elle n’a pas trop d’équivalent féminin d’ailleurs.
Bref, on fustige ici les rustauds, pas les sexistes.
Quant aux phrases « piquantes », je les aurais plutôt qualifiées de ringardes.
Un magistrat pourrait tout aussi bien demander à un stagiaire (masculin, donc) s’il est sûr que ce qu’il plaide (comme feu pied, alors, je présume) est bien la position de son patron. Sans rapport avec son sexe.
La critique faite à un « Madame, Mademoiselle » qu’on voudrait voir remplacer par un « Maître », réputé plus simple (?), fait boomerang : n’aurait-il pas fallu opter pour Maîtresse ? Tant qu’à faire …
Quant aux compliments lourdingues (beauty before age ; tu es jolie, ça aide ; etc.), ils me paraissent relever plutôt du badinage de Colruyt que du sexisme : la drague de lourdaud ne prétend pas à la supériorité virile.
L’allusion (de corps de garde) aux règles, dénommées ragnagnas dans les vestiaires de foot des années 70, est pour sa part assurément l’œuvre d’un tocard mais, de nouveau, elle risque moins de nuire à la gent féminine qu’à son propre crédit.
Vraiment, je n’ai pas le sentiment que l’égalité des sexes soit secourue avec de tels exemples.
Pour terminer par une provocation, je m’en « prendrai » au commentaire ci-dessus : parler d’une collaboratrice comme d’un « atout charme » me semble plus poussiéreux que désobligeant, a fortiori discriminatoire. Qu’aurait-on dit si la présentation avait été : « Ma collaboratrice ? Un vrai thon mais quelle juriste ! » ?
J’ajoute au passage que le mufle qui aurait pondu une telle chose, ou en aurait accouché, n’aurait pu en revendiquer que la paternité et non la maternité, n’en déplaise aux lois de la biologie. Et à celles du militantisme …
Sarcastiquement,
Jari

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