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Should I stay or should I go ?

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Should I stay or should I go”? Cette question me taraudait depuis longtemps. Alors non, ce n’était pas la question que tout avocat qui se respecte s’est déjà posée au moins une fois tout au long de sa carrière : « le barreau, stop ou encore ? ». Non, ce n’était pas non plus la question que tout être qui est en couple se pose combien de fois ? durant sa vie commune et qui avait précisément donné lieu à ce tube du mythique groupe punk The Clash. Non, ici c’était une question bien plus fondamentale : je reste à Waremme, où j’avais élu domicile depuis une bonne dizaine d’années et où j’avais établi mon cabinet , où je migre à Tongres ? J’entends déjà Jean-Didier Fraikin marmonner « ah le sale Flamind veut rentrer chez lui ».  Alors ce sale flamand, pour ceux qui ne me connaissent pas - soit probablement, sans exagérer, 95% du barreau de Liège – Huy –  vient du fait que les circonstances de vie de mes parents ont fait qu’ils se sont finalement établis dans le pays de Waes, à Sint-Niklaas plus précisément, alors qu’ils n’y avaient aucune attache, cette ancienne ville de textile, ville de Mercator, connue également pour sa plus grande grand place du pays où elle accueille chaque année, le premier weekend de septembre, un des plus grands rassemblements de montgolfières de la planète à l’occasion des « Vredesfeesten »,  célébrant la libération de la ville et du pays à l’issue de la seconde guerre mondiale . 

Saint-Nicolas où j’ai donc appris à manier la langue de Guido Gezelle sur les bancs d’école, les terrains de football et de tennis , tandis que la langue à la maison demeurait le français. Mon père était Hasseltois – francophone à la base – ce que nos « amis » nationalistes flamands appelleraient un « fransquillon », et ma mère Liégeoise,  une Closon. J’entends les oufti déjà fuser : ah ce Jadoul, c’est un Closon en fait, c’était un des nôtres, si on avait su, on l’aurait jamais laisser filer. Et oui, je suis le petit-fils de Jules Closon (je doute qu’il y ait encore beaucoup de lecteurs qui s’en souviennent), et le neveu de Guy ( là je doute déjà beaucoup moins) - Guilou pour la famille et les proches-, et le cousin de Gilles – là je n’ai plus aucun doute. Bref, revenons à nos moutons, ou plutôt à ma question existentielle : Waremme ou Tongres ? Mais que diable irait-il bien chercher à Tongres, je vous entends déjà éructer ?

 Comme tout bon principautaire le sait, Tongres faisait partie des 23 bonnes villes de la Principauté de Liège , mais surtout, était la plus ancienne ville non seulement de la Principauté, donc plus ancienne que la Cité ardente – j’entends jusqu’ici le grincement de dents de la grande majorité de mes lecteurs, du moins ceux qui n’ont pas encore décroché -  mais surtout de tout le Royaume de Belgique. Disons qu’en tant qu’ancien belge, asexué sur le plan linguistique et culturel, bâtard ou zinneke – comment dirait-on cela en Lidjeus ? – Tongres exerçait sur moi une force d’attraction, Tongres, cette charmante ville pleine d’histoire, de pavés et de vieilles pierres qui vous parlent, ville de feu le professeur Albert Fetweiss, mais surtout la ville où ma grand-mère maternelle avait passé sa jeunesse avant d’épouser Jules Closon de Liège. D’ailleurs le nom Closon, je crois même que je l’ai appris à l’école, c’était la version francisée ou « wallonisée » de Claessen – fils de Claes (Claes’ zoon), bref le patronyme Closon est bien à la base flamand ou  plutôt Limbourgeois : mon Dieu, bon papa Jules, pardonne-moi, toi qui à la lecture de ce mot te retournes dans ta tombe, déjà que ta plus jeune fille a eu le culot de commettre la même erreur que toi d’épouser une personne du Limbourg, et voilà qu’un de tes 19 petits-enfants prétend que Closon est à l’origine un nom limbourgeois !  


Mais pourquoi pardi quitter Waremme, sympathique capitale de la Hesbaye, me direz-vous probablement ? Là, dans un monde idéal, je devrais exhiber mon joker, par sympathie et confraternité pour mes concitoyens et confrères waremmiens. Je ne serais vraisemblablement pas un vrai Jadoul si tout à coup je ferais preuve d’une extrême diplomatie et retenue totale dans l’expression de mes avis. Commençons par un mauvais jeu de mots pour deux villes fruiticoles : ne comparons pas des cerises avec des griottes. Plus sérieusement, si vous avez un jour l’occasion de faire un petit détour par la ville d’Ambiorix, vous comprendrez rapidement : de grâce, après votre visite de la Basilique Notre-Dame ou du musée gallo-romain, ou le marché aux antiquaires du dimanche matin, venez sonner à ma porte  - je vous offrira le café, avec grand plaisir, par confraternité, certes, mais surtout pour faire honneur à la convivialité limbourgeoise ou dois-je dire principautaire légendaire –  je n’irai pas jusqu’à vous servir la fameuse tarte limbourgeoise – de « Limburgse vlaai » – dont mon père m’a rebattu les oreilles durant toute ma jeunesse – une chose est sûre pour moi, c’est bien en province de Liège qu’on fait les meilleures pâtisseries et tartes, rien de mieux qu’une bonne tarte au riz bien moelleuse sans qu’il faille d’ailleurs aller jusqu’à Tancrémont, même si la région en vaut bien le détour, et pas seulement pour le plaisir de ses papilles gustatives. Revenons à ma porte qui vous est grande ouverte : rien qu’à à la vue en face de chez moi de l’église du béguinage et l’entrée du béguinage Sainte-Catherine, classé patrimoine de l’humanité, vous aurez de suite tout compris, surtout après avoir fait ensuite un petit détour de 18 bornes pour visiter la rue d’Oleye à Waremme. 


Puis les gens qui me connaissent un tantinet n’ignorent pas que la question de la bonne gouvernance ne me laisse pas totalement indifférente pour le dire avec un grand euphémisme, Waremme n’ayant malheureusement pas été un excellent élève en la matière. La raison principale ne doit pas être cherchée bien loin, même s’il y a certainement encore des raisons périphériques : l’hégémonie absolue d’un seul parti politique pendant plus d’un siècle et bonne gouvernance vont rarement de pair, parti politique qui de surcroit incarne tout le contraire de mes valeurs et aspirations notamment humanistes, libérales et écologiques. Et bardaf, voilà qu’un quart des lecteurs ont définitivement décroché.  Alors mes valeurs « humanistes », ça va faire rire d’aucuns :  « un catho, le Flamand, bien sûr !». Tout à fait, je n’entends pas le renier,  en bon flamand, je suis issu d’une famille catholique, mais des deux côtés, pardi, même du côté Closon … 


En revanche, après toutes ces éloges envers Tongres et les piques implicites et a contrario envers la capitale de la Hesbaye, ceux qui envisageraient tout de même de s’installer dans cette dernière, de grâce, ne soyez pas refroidis, foncez – non seulement une spacieuse maison bourgeoise avec bureaux et jardin est à louer prochainement rue d’Oleye n° 25 – mais surtout, un nouveau vent souffle sur cette charmante ville à la campagne, comme elle aime se qualifier,  depuis le lendemain du scrutin communal historique du 13 octobre 2024 - et je le dis sans aucune ironie et avec le plus grand respect et admiration pour l’abnégation dont a fait preuve notre cher confrère Stéphane Melin et toute la formation libérale que j’ai soutenue tout au long de la campagne électorale jusqu’à même afficher à rue mes préférences politiques – ce que je n’aurais certainement jamais fait auparavant - tellement mon vœu de changement « pour Waremme » était débordant. Certes, en toute honnêteté je dois tout de même reconnaître qu’à ce moment-là, la décision de quitter Waremme avait déjà été prise, et nous venions d’ailleurs d’acheter notre maison à Tongres, ce qui a facilité mon coming out politique, qui, cela dit, était un secret polichinelle.  Ha ce fameux scrutin communal inédit du 13 octobre 2024 , qui a créé la surprise générale, tellement qu’on n’y croyait plus, qu’est-ce qu’il m’a valu des railleries de toute ma famille et de mes amis : « et quoi Laurent, tu vas maintenant résilier ton compromis de vente de la maison à Tongres ? ». 

 


Cherchez les différences. Même à Tongres la voiture a pris une place trop prépondérante, malheureusement, ce n'est pas l'apanage de Waremme, restons objectifs, même si à Waremme le problème est au moins au quadruple

 


La suite  …. dans le prochain numéro de votre revue préférée.

 

Laurent Jadoul

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